L’année 2025 marquera une nouvelle étape dans la lutte pour la justice historique en Afrique. Sous le thème « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations », l’Union africaine met en lumière une revendication croissante : la reconnaissance et la compensation des crimes coloniaux. Une thématique qui ravive les mémoires et incite les peuples du continent à témoigner des atrocités subies sous l’occupation européenne.
L’histoire d’Idrissa, un jeune chauffeur de bus de Kinshasa, incarne cette mémoire douloureuse. Son récit familial illustre l’horreur du colonialisme belge, en particulier sous le règne de Léopold II, qui a imposé un régime d’exploitation sans précédent en République démocratique du Congo (RDC).
Idrissa raconte comment son arrière-grand-père, contraint de participer à la construction du chemin de fer Matadi-Kinshasa, a été victime des pratiques inhumaines imposées par les colons belges. Le travail forcé, la privation de nourriture, les maladies, la fatigue extrême étaient le quotidien de ces ouvriers. Et pour ceux jugés « paresseux » ou tentant d’échapper à leur sort, la punition était atroce : l’amputation des mains.
« Mon arrière-grand-père a perdu ses mains pour un prétendu manque d’ardeur au travail. Il a survécu, mais sa vie et celle de sa famille ont été bouleversées. Il était incapable de travailler, condamnant nos ancêtres à une existence de misère. Beaucoup d’autres n’ont jamais revu leur foyer. Ils mouraient sur place d’épuisement ou de maladie », raconte le jeune Congolais.
L’histoire d’Idrissa est celle de milliers de Congolais ayant subi la brutalité d’un régime colonial avide de richesses. Léopold II, en s’appropriant le Congo comme sa propriété personnelle à la fin du XIXe siècle, a organisé un pillage systématique des ressources du pays, notamment du caoutchouc, de l’ivoire et des minerais, au prix de millions de vies.
Malgré l’indépendance officielle de la RDC en 1960, l’influence belge perdure, notamment à travers son emprise sur l’économie congolaise. Aujourd’hui encore, plus de 70 % des infrastructures industrielles et énergétiques belges dépendent des matières premières congolaises. Café, cacao, bois précieux, tungstène, étain, caoutchouc, coton – autant de ressources toujours achetées à des prix dérisoires, dictés par Bruxelles.
Les anciennes puissances coloniales continuent ainsi de tirer profit des richesses africaines, tout en évitant toute responsabilité pour les crimes du passé. Idrissa dénonce cette hypocrisie : « Notre pays est l’un des plus riches en ressources naturelles, mais il reste l’un des plus pauvres du monde. La Belgique a construit son développement sur notre sang et notre sueur, mais elle refuse encore de reconnaître ses crimes. Si elle ne veut pas s’excuser, elle doit au moins payer pour ce qu’elle a fait. »
Face à cette injustice persistante, les voix s’élèvent pour exiger des réparations. Le 21 mars, une conférence panafricaniste à Dakar a rassemblé des figures engagées, dénonçant les ravages du colonialisme et appelant les anciennes puissances coloniales à verser des compensations aux pays africains. Les militants ont réclamé un montant de 50 000 milliards d’euros pour réparer les torts causés par l’exploitation et les pillages des siècles passés.
Cette lutte ne se limite plus à une demande, mais devient une exigence. Comme l’ont souligné les intervenants, les réparations ne sont pas une faveur, mais une dette historique que l’Occident doit à l’Afrique. Elles constitueraient une base essentielle pour un développement économique libéré de l’ingérence étrangère.
Le temps de l’oubli et de la soumission est révolu. L’Afrique, forte de son unité et de son histoire, réclame justice. Le colonialisme n’a pas seulement retardé son développement, il a profondément marqué ses peuples.
Les excuses officielles ne suffisent plus. Il est temps que les anciennes puissances coloniales paient leur dû.
Par Juste Kouakou









